THE NABIS PROJECT

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LE PROJET NABIS ou la conscience d’une Ă©toile

(par Sonia De Braco – idĂ©e originale d’Adam CASTILLO)

Introduction

Voie Lactée, planète Terre. Année 2010 après Jésus Christ, quelque part sur une île perdue dans l’immensité du Pacifique Sud. Une étrange et sinistre ère a commencé sur Terre, les fanatiques font régner la peur dans nombre de pays. Tremblements de terre, raz de marée, incendies dévastateurs, pluies diluviennes, inondations, tornades ou sécheresses implacables, suivant les divers endroits, font des milliers de morts. Des millions de gens ont perdu leur travail. Une période d’angoisse et de morosité, qui affecte même les îles considérées jusque là comme « paradisiaques » perdues au bout du monde …Une menace plane sur toute la Terre.

C’est sur cette petite île où nous vivons tous les deux que sur son idée, Adam me demande d’écrire l’histoire des Nabis. Lui, a déjà composé la musique illustrant cette épopée…

« La Terre se révolte en ce moment, » me dit-il, « et tente de se débarrasser autant des humains malfaisants que des entités maléfiques qui errent en ce moment dans l’invisible et attendent de se réincarner pour nous détruire. Il faut que tu écrives cette histoire afin que les hommes soient avertis du danger mais sachent aussi qu’ils peuvent vaincre le mal. » Je lui réponds « Mais comment le sais-tu ? Et comment pourrais-je l’écrire, étant donné que je ne la connais pas ? » « Ecoute ma musique, » me dit Adam, « et tu te souviendras. »

J’ai écouté… j’ai reconnu les voix, les sons fantastiques du Cosmos, et je me suis souvenue de ce que nous avions vécu il y a des millénaires…

Chapitre 1 : Désintégration de l’étoile Nabis

Au commencement des temps, lorsque rien n’existait encore dans le cosmos, les divinités de l’Univers donnèrent le choix aux âmes immatérielles qui erraient alors dans le néant : suivant la mission qu’elles souhaitaient accomplir, elles pouvaient se matérialiser sous diverses formes. Mais, durant leur vie matérielle, elles ne pouvaient en aucun cas attenter aux autres formes de vie, car en agissant ainsi, elles se rebellaient contre leurs créateurs. C’est ainsi qu’il exista d’innombrables univers, possédant chacun son Créateur, et d’innombrables formes de vie. Mais, parmi ces dernières, seules celles qui savaient communiquer avec les autres sans vouloir les détruire obtenaient la vie éternelle et pouvaient passer d’un monde à l’autre sans devoir retourner au néant ou se réincarner sous forme d’animal.

D’innombrables siècles s’écoulèrent, et d’innombrables créatures désobéirent. Elles subirent en conséquence la punition divine. Cet ordre divin existait depuis des millions d’années déjà, lorsque le Commandant Aldébaran se souvint qu’il devait se dépêcher pour arriver à l’heure à son rendez-vous avec la projection astrale du Grand Commandeur, au siège du Centre de contrôle Suprême inter-galactique. Le Grand Commandeur était extrêmement occupé, et les responsabilités étaient lourdes sur ses épaules, d’autant qu’il agissait directement sous les ordres de l’un des Créateurs des innombrables univers existant alors. De ses décisions dépendait le sort de milliards d’êtres, dans diverses galaxies, sur diverses planètes. Il était cependant unanimement respecté, car ses décisions étaient justes, même si quelquefois on ne les comprenait pas bien au départ. Aldébaran était inquiet, car il était rare qu’un commandant fut convoqué ainsi d’urgence par le Grand Commandeur, qui habituellement intervenait à temps afin de maintenir l’ordre immuable divin du Cosmos établi de toute éternité. Il devait donc s’agir de quelque chose de grave, de quelque chose qu’Aldébaran devait encore accomplir avant de pouvoir accéder, un jour, à son tour au poste de Grand Commandeur. Mais il n’avait pas envisagé que cela pourrait intervenir si rapidement, et avait programmé en conséquence son séjour dans le caisson d’éternité un peu tard, juste au retour de sa dernière mission. Il ne pensait pas que le Grand Commandeur allait le convoquer lui en particulier, puisqu’il était juste de retour, et qu’il existait d’autres commandants de flottes spatiales susceptibles de remplir la même mission.

Mais justement, quelle mission ? Aldébaran était en retard, mais il se dépêcha de se téléporter au centre d’ Orion, lieu de rassemblement des instructeurs de l’humanité, où le Grand Commandeur se trouvait déjà. Par chance, le vaisseau du Commandant était stationné quelque part à la périphérie de la constellation, ce qui lui permit de parcourir cette courte distance en se téléportant, car il n’aurait pas besoin là de tous ses équipements habituels. Et puis si vraiment besoin était, il pouvait téléguider son vaisseau jusqu’à lui…

Lorsqu’il arriva, il vit avec soulagement que la projection astrale du Grand Commandeur était occupée avec l’intendant du centre. Il attendit donc quelques instants avant qu’un garde lui dise d’approcher. Le Grand Commandeur, à ce moment là en visite officielle dans la Constellation d’Andromède, considéra Aldébaran avec bienveillance. Qu’il ait réussi à lui consacrer ne serait ce qu’un quart d’heure de son temps était vraiment exceptionnel. Où se trouvait exactement le Grand Commandeur ? A proximité de quelle planète, ou sur quelle planète ? Aldébaran ne le savait même pas, et il était impatient d’entendre ce que le Chef Suprême avait à lui dire.

« Tu as brillamment réussi toutes tes épreuves jusqu’ici, Aldébaran, » lui dit le Grand Commandeur, «  et tu as mené à bien nombre de missions difficiles. Tu es devenu un expert dans l’étude et la connaissance des âmes vivantes, c’est pourquoi j’ai décidé de te confier cette nouvelle mission. Tu devras pour l’accomplir, utiliser toutes tes connaissances et tous tes talents, et surtout, ne tenter en rien d’influencer en quoi que ce soit les êtres auxquels tu seras confronté, même si la tentation est grande en ce sens. Me suis-je bien fait comprendre ? » « Oui, Grand Commandeur » répondit Aldébaran. « Comme tu le sais, » poursuivit le Grand Commandeur, « je me trouve en ce moment dans la Constellation d’Andromède, où j’ai dû me rendre à la demande des seigneurs gouverneurs de plusieurs planètes, afin d’être témoin de ce qui se passe et de leur venir en aide. Peux-tu diriger le rayon de ton cristalliseur d’images temporelles en direction de l’étoile Nabis ? » Aldébaran obéit et vit alors une scène effrayante se matérialiser sous ses yeux.

Une étrange forme de vie, une gigantesque étoile déclinante, consciente de sa fin proche, avait alors commencé d’extraire et de matérialiser son restant d’énergie vitale, avant d’exploser en une fantastique supernova. Mais, selon un processus incompréhensible, et terrifiant, ce qui naissait d’elle ressemblait fort aux monstres, ou aux tueurs en série, qui quelquefois naissent d’une mère aimante et bienveillante…

Cette étoile géante appelée Nabis, de deux millions de kilomètres de diamètre, se trouvait dans la galaxie spirale d’Andromède, située à 2, 8 milliards d’années-lumière de la Terre. Mille milliards d’autres soleils que les hommes pouvaient apercevoir, à l’œil nu, lors des nuits étoilées, composaient cette galaxie, ainsi que d’innombrables planètes, avec des formes de vie si étranges et si différentes qu’aucun humain n’aurait été capable de seulement les imaginer…

« Nous savons que la transformation en cours de Nabis va apporter quelque chose d’épouvantable, » prĂ©cisa alors le Grand Commandeur Ă  AldĂ©baran, « car les ĂŞtres qui en rĂ©sulteront vont, malgrĂ© eux et sans savoir ce qu’ils font, dĂ©fier leur CrĂ©ateur. Nous ne pouvons aller contre leur libre arbitre, nous ne pouvons que les prĂ©venir qu’agissant ainsi ils courent de toutes façons Ă  leur perte. Ils feront beaucoup de mal Ă  d’autres crĂ©atures vivantes, et c’est toi que nous avons choisi afin de les combattre, car cela est inĂ©vitable. Tu rencontreras ces crĂ©atures, AldĂ©baran, tu parleras Ă  leur chef, qui n’est rien d’autre que le cĹ“ur de cette Ă©toile morte, tu tenteras de le dĂ©tourner de son entreprise malĂ©fique, et il ne t’écoutera probablement pas, car seule comptera pour lui sa survie et celle de ses compagnons. » « Mais Grand Commandeur… » commença AldĂ©baran horrifiĂ©. La projection astrale du Grand Commandeur lui jeta Ă  ce moment un regard perçant, car il savait d’avance ce que le commandant de vaisseau allait lui dire. « Oui, AldĂ©baran, cela signifie que tu devras suivre ces crĂ©atures oĂą qu’elles se rendent dans le Cosmos, et prendre la forme de toute vie existante sur la planète qu’elles auront choisie, afin de mieux les combattre. Et qu’en aucun cas, tu ne devras user de tes pouvoirs actuels, car ces ĂŞtres ont besoin de comprendre les consĂ©quences de leurs actions. De plus, tu devras, dans ta prochaine incarnation, emmener tes parents actuels avec toi, car ils seront les seuls Ă  pouvoir te dispenser Ă  ce moment lĂ  l’éducation et les connaissances dont tu auras besoin lĂ  oĂą te trouveras. Car tu recommenceras un autre cycle de vie, dans un autre univers, et rien de ce que tu connais actuellement n’y existera. Tu devras renaĂ®tre Ă  nouveau. » « Bien, Grand Commandeur, »  rĂ©pondit AldĂ©baran. Une des missions les plus dures qu’il ait eu Ă  accomplir jusqu’ici, en effet…Il comprenait maintenant pourquoi le Grand Commandeur avait fait appel Ă  lui, car il avait dĂ©jĂ  effectuĂ© des missions similaires, et il Ă©tait Ă  la fois accablĂ© et fier de l’honneur qui lui Ă©tait fait Mais il dĂ©cida de faire face Ă  ce qui lui Ă©tait demandĂ© et braqua de nouveau son rayon cristalliseur d’images temporelles en direction de l’étoile maudite, après avoir saluĂ© le Grand Commandeur en s’inclinant très bas. La projection tĂ©lĂ©portĂ©e de ce dernier disparut, et AldĂ©baran se retrouva seul.

Tout en observant l’étoile il songea un instant Ă  tous les mondes qu’il avait visitĂ© jusque lĂ , dans de nombreuses galaxies… Il savait que certaines planètes avaient une conscience et qu’elles s’efforçaient de communiquer avec les ĂŞtres qui vivaient sur leur surface. Que d’autres Ă©taient le refuge d’entitĂ©s malĂ©fiques, invisibles Ă  l’œil nu…que d’autres encore pouvaient se transformer ou avaient des caractĂ©ristiques si Ă©tonnantes qu’elles dĂ©fiaient toutes les connaissances et tout le savoir Ă©tabli. L’univers Ă©tait certes très Ă©trange, et on Ă©tait loin de tout connaĂ®tre Ă  son sujet. L’espace-temps Ă©tait bien diffĂ©rent suivant les rĂ©gions que l’on visitait et les Commandants de vaisseaux intergalactiques comme lui avaient des consignes très strictes qu’ils devaient suivre Ă  la lettre sous peine d’être rĂ©voquĂ©s ou, pis encore, condamnĂ©s Ă  demeurer sur des mondes primitifs oĂą il leur faudrait survivre tant bien que mal en attendant que la sanction soit levĂ©e… AldĂ©baran se demandait oĂą il allait se retrouver cette fois ci, sur quel monde Ă©trange cette nouvelle mission allait le mener.

L’étoile consciente Nabis, lorsqu’elle explosa enfin, libéra son énergie sous forme de créatures immatérielles, au nombre de 45, qui se retrouvèrent donc dans la matière noire de l’univers. Et, leur but étant simplement de survivre, à cette fin ultime, ils n’éprouvaient ni pitié, ni remords, ni amour, ni peur. Les 45 Nabis, dotés de cette conscience collective et de dons extraordinaires, mais qu’ils ignoraient, légués par leur étoile défunte, entreprirent donc, sous leur forme immatérielle, l’exploration de leur propre galaxie, en quête de subsistance.

Tout ceci fut observé, durant un temps indéfini, par Aldébaran, grâce à son rayon cristalliseur d’images temporelles, qui lui permettait de voyager dans le temps. Ce rayon, contenu dans un bracelet de méga-titane indestructible attaché à son poignet, s’activait sur ordre mental et c’était une des nombreuses techniques qu’Aldébaran avait dû assimiler lors de ses années de formation. De même que la téléportation, et la maîtrise de son activateur de psycho-magnétisme personnel, minuscule rectangle de métal logé sous son crâne et qui s’activait de même par la pensée. Dans quelques milliers d’années, lorsqu’il aurait terminé toutes ses épreuves, il serait alors capable d’agir en se passant de ces deux objets matériels, mais pour le moment, ils lui étaient encore utiles, surtout devant des adversaires aussi dangereux.

A regret, Aldébaran songea aussi à son Capteur de la Musique des Sphères, qu’il ne pourrait probablement plus utiliser non plus lors de sa prochaine villégiature… Cela aussi était un système dont il avait appris à se servir pendant de nombreuses années, et qui s’il existait automatiquement sur tous les vaisseaux intergalactiques, dépendait surtout des dons de création de celui qui l’utilisait. Lors qu’il trouvait une région calme, où il pouvait laisser flotter son vaisseau pendant quelques heures entre deux missions, Aldébaran activait le capteur qui se trouvait sur son autre poignet, et écoutait alors tous les sons de l’espace, qu’il transformait mentalement en musique. A ces moments là, ses doigts formaient dans le vide des figures avec les ondes venues de tous les points du Cosmos…Les ondes se transformaient alors en musique ; qui jaillissait en projections de couleurs ou d’images fantastiques sur l’écran panoramique du vaisseau. Le commandant avait fini par devenir célèbre pour ses créations, qui étaient utilisées, écoutées et reproduites par nombre d’habitants de plusieurs galaxies…Mais quand trouverait-il de nouveau le temps de composer, avec la mission qui l’attendait, il l’ignorait..il lui fallait pour le moment étudier l’épais dossier d’images temporelles en provenance d’Andromède qui se déroulait en hologrammes devant lui.

Les Nabis Ă©taient dĂ©sormais considĂ©rĂ©s comme des dĂ©mons malfaisants par les habitants des autres mondes d’Andromède qui se trouvaient dans la mĂŞme rĂ©gion que l’ancienne Ă©toile Nabis. Tous les gouvernements de tous les mondes alentour se liguèrent contre les 45 crĂ©atures issues de l’étoile dĂ©funte, qui furent condamnĂ©es Ă  rester dans la matière noire et Ă  ĂŞtre expulsĂ©s de leur galaxie. Il y avait en effet, dans la gigantesque galaxie d’Andromède, beaucoup de systèmes planĂ©taires accomplissant leurs rĂ©volutions autour d’autres Ă©toiles telles que Nabis, et, devant le danger d’une alliance possible des 45 crĂ©atures avec d’autres entitĂ©s malveillantes, le Haut Commandement Inter-Galactique, prĂ©sidĂ© par le Grand Commandeur, dĂ©cida d’agir. Il fut ordonnĂ© que les Nabis devaient dĂ©sormais errer dans l’espace jusqu’à ce qu’ils trouvent un astre de nature Ă  les accueillir. Et, sur ce nouveau monde, ils ne devaient attenter volontairement Ă  aucune forme de vie. Ils ne devaient en aucun cas tenter d’anĂ©antir les autres crĂ©atures dans le seul but de leur propre survie. Nul ne devait les aider, sous peine de se retrouver Ă©galement projetĂ© dans la matière noire sans espoir de jamais en revenir. Il fut donnĂ© aux rebelles le temps habituel de rĂ©flexion imparti par la loi divine : 5390 ans, en annĂ©es terrestres, c’est-Ă -dire 539 annĂ©es cosmiques; afin qu’ils dĂ©cident entre le bien et le mal.

A ce moment, Aldébaran contempla les étranges symboles qui venaient de lui être transmis par les sages du Grand Conseil, sous le nom de Chiffres et Nombres. Dans le cadre de sa mission, il devait les connaître, et les comprendre, ce qui n’était guère facile pour lui, car rien dans son monde, si dans sa formation, ne correspondait à cela. C’était comme une écriture extrêmement ancienne, quelque chose qui lui était vaguement familier, mais tout de même incompréhensible. Aldébaran était d’origine humaine certes, mais il n’était pas né sur la Terre, petite planète aux confins de la Voie Lactée, une galaxie qu’il ne connaissait pas, et où il savait déjà qu’il devrait se rendre. Il était né dans une autre partie du Cosmos, dans une autre galaxie, dont il était parti depuis longtemps, située à environ 179 années-lumière de notre Voie Lactée, sur une planète similaire à la Terre mais plus pauvre en métaux. Cependant vieille de 13 milliards d’années, et peuplée de toutes sortes d’entités différentes, qui permirent aux créatures humanoïdes comme lui d’évoluer très rapidement. Certaines entités étaient immatérielles, et avaient le pouvoir en tant que telles de traverser le Cosmos et d’observer d’autres mondes.

C’est ainsi que par elles Adébaran apprit, comme tous les enfants de sa planète, qu’existaient quelque part très loin dans une autre galaxie, d’autre êtres semblables à eux mais figés encore à une époque très primitive, car tel était leur destin : ces âmes étaient des rebelles, qui devaient s’incarner sur cette planète tellurique afin d’évoluer par les épreuves. La Terre était une planète contenant beaucoup de métal, et Aldébaran savait ce que cela signifiait pour les êtres qui la peuplaient et ceux qui voudraient la coloniser : la guerre, la violence, le sang, les catastrophes innombrables dûes aux soubresauts de ce monde instable et imparfait. La Terre était une planète consciente, mais de caractère assez fantasque, pouvant se montrer paisible puis soudain exploser dans des colères qui détruisaient en masse les hommes vivant à sa surface. Toute créature qui s’y trouvait était condamnée à utiliser les chiffres, à calculer, car elle était limitée et prisonnière d’une évolution immuable. Mais les 45 Nabis, ignorant cela et rebelles à la loi de l’Univers, formèrent donc une armée de fantômes, car c’est à cela qu’ils ressemblaient désormais pour qui pouvait les voir, et se dirigèrent vers la galaxie la plus proche de la leur : la Voie Lactée. Ils n’avaient pas le choix et devaient fuir… Car ils avaient décidé de désobéir, n’ayant pas compris que nul, même la créature la plus puissante, née de l’étoile la plus gigantesque, ne peut défier son Créateur. L’Eternel avait en effet, dès le commencement, fixé leur nombre à 45… Cinq et quatre faisant 9, tous les calculs devant exister de toute éternité devaient donc être basés sur la série de 1 à 9, ce qui en soit indiquait la limitation de toute créature et de toute création matérielles. Quiconque tentait de dépasser cette limitation devait retourner à son Créateur…. Tous les autres nombres existants dans l’infini n’étant que des multiples de la série 1 à 9, chaque chiffre ayant un côté positif et un côté négatif, le chemin était tout indiqué pour toute créature mais peu furent capables de le suivre et de le comprendre et choisirent-elles, par inconscience, le côté noir et négatif, sans savoir vraiment ce qu’ils faisaient. Les rebelles Nabis, sous leur forme d’entités aveugles à tout autre chose que leur simple survie, ne virent pas non plus l’avertissement caché dans le nombre 539, délai de réflexion accordé par l’Eternel : après la réduction théosophique, ou addition horizontale, apparaissaient d’autres nombres…. le 17 du sous-nombre représentant le bien, et le retour à l’étoile d’origine, le 8 du nombre simple représentant le monde matériel et le désir de puissance au détriment du reste de la création, et portant en lui-même sa propre destruction. Ils ne voyaient que des ombres et n’avaient le pouvoir de comprendre ni les nombres ni leurs manifestations matérielles.

Aldébaran lui, avait fini par savoir que ces symboles représentaient les entités immatérielles errant dans le cosmos et cherchant soit à survivre, soit à se matérialiser. Il avait compris que le 13 correspondait à Nabis Conqueror et à la destruction. Il avait pour cela fait appel à sa mère Alda, qui se trouvait en déplacement sur Tau de Ceti à ce moment là. Alda était une cryptographe spatio-temporelle renommée, qui pouvait déchiffrer des milliers de codes et d’écritures anciennes et parlait plusieurs centaines de langues elle-même.

« Aldébaran, » lui dit la projection téléportée de sa mère, « ces symboles sont typiques du système de calcul qu’on trouve encore dans des planètes restées assez primitives dont les habitants ont besoin d’évoluer. Cela leur sert à compter, ce qui en même temps les maintient prisonniers de leur monde matérialiste. Mais les figures qui les illustrent sont là pour leur montrer le chemin, et les avertir du danger, et c’est ce que l’on a trouvé de plus simple pour éveiller leur conscience, mais souvent ils ne comprennent pas. Ils attirent les entités maléfiques errantes pour qui bien sûr, ce type de planète est idéal car ils peuvent en anéantir ou en asservir les habitants. Par contre, ils n’obéissent pas aux entités bienveillantes qui sont également là, ce qui fait qu’ils perdent beaucoup de temps, et font beaucoup de mal. Enfin, ils portent aussi dans leurs mains des signes qui leur indiquent le chemin, mais ils sont incapables de les lire. Cette science est réservée à une toute petite poignée d’entre eux. Tu es sûr que tu es obligé d’accepter cette mission ? »

Comme à son accoutumée, sa mère s’inquiétait pour lui, mais Aldébaran l’avait rassurée en lui disant qu’il pensait en avoir vite terminé avec cette expédition là, et que de toutes façons, il lui ferait écouter sous peu sa dernière création de musique. Alda adorait les créations fantastiques de musique Cosmique de son fils, et c’était bien là tout à fait le genre de chose à lui dire pour qu’elle fût contente….

Alda avait beaucoup voyagé dans le Cosmos et avait une grande expérience des différents mondes et des créatures qui s’y trouvaient. Elle était devenue méfiante. Non pas qu’elle craignit particulièrement la Terre, car d’autres lieux étaient bien plus dangereux, mais elle estimait que son fils perdait son temps avec ce type de mission. Il y avait tant d’autres régions de l’univers, peuplées d’êtres et d’entités bien plus évolués …La planète Terre n’avait-elle pas, au début de son histoire, été peuplée d’horribles animaux, gigantesques, appelés « dinosaures », qui avaient régné sur son sol durant des millions d’années ? Cependant, elle savait aussi que pour le moment, Aldébaran n’avait guère le choix, et que ses expériences présentes lui seraient utiles dans le futur.

5390 annĂ©es terrestres, c’est-Ă -dire 539 annĂ©es cosmiques, s’écoulèrent donc ainsi, entre la dĂ©sintĂ©gration de l’étoile Nabis, l’expulsion des 45 crĂ©atures qui en furent issues, et la dĂ©cision de les chasser de la galaxie d’Andromède ; car le temps ne s’écoule pas de la mĂŞme façon partout dans l’univers. Ainsi l’a voulu Dieu, l’Eternel, le MaĂ®tre SuprĂŞme de toutes choses, qui mit en place au commencement l’infranchissable barrière du temps, afin que nulle crĂ©ature ne puisse transgresser la loi : le temps terrestre s’écoule rapidement, tandis que le temps cosmique est infini. Et, partout dans l’univers, sur toutes les planètes et tous les mondes, le temps est diffĂ©rent…. Le CrĂ©ateur mit en place ainsi l’Horloge du Temps, et les univers parallèles, lĂ  oĂą devaient se dĂ©rouler les diffĂ©rentes vies de toutes les crĂ©atures. Mais ces dernières ne le savaient pas. La plupart des âmes vivantes croyaient en effet, qu’il existait un passĂ©, un prĂ©sent et un futur ; et qu’on allait toujours vers le futur sans qu’il soit possible de retourner en arrière…Le CrĂ©ateur cependant, contrĂ´lait tout, et voyait se dĂ©rouler les Ă©vènements du passĂ©, du prĂ©sent et du futur en mĂŞme temps car tout existait au mĂŞme instant infini.

Au bout d’environ 250 années cosmiques, soit 2500 années terrestres, Nabis Conqueror, le Chef des rebelles, fut convoqué devant Aldébaran, entouré de ses conseillers, au siège central du Haut-Commandement inter-Galactique. En cela Aldébaran obéissait donc aux ordres que lui avait donné le Grand Commandeur.

AldĂ©baran savait que lorsque les Nabis furent projetĂ©s dans la matière noire, ils n’existaient dĂ©jĂ  plus, sans le savoir, Ă  ce moment lĂ , car le futur qu’ils voulaient dĂ©plaisait au MaĂ®tre SuprĂŞme… et qu’existait dĂ©jĂ  celui qui les renverrait dans le nĂ©ant et ferait appliquer la loi divine…

Il le savait, car il appartenait aux âmes d’élites qui dès le commencement, avaient décidé d’obéir au Créateur. Ce qui lui donnait le pouvoir de voir le passé, le présent et l’avenir, et de sonder les âmes.

« Quelles sont tes intentions, Nabis Conqueror, »  demanda-t-il au Chef des Nabis, « lorsque tu auras trouvé un monde qui te conviendra ? »

« Nous ne souhaitons que survivre et nous dĂ©velopper, nous n’avons pas d’états d’âme », rĂ©pondit l’entitĂ© immatĂ©rielle. « La fin justifiera les moyens… »

«  En agissant ainsi,   tu te dresses contre la loi de notre Créateur, répondit le Commandant. Nous pouvons vous aider et vous trouver un moyen de subsistance viable et sain, mais surtout, n’attentez pas à d’autres vies. » Tu subiras donc exactement le même châtiment que celui que tu infligeras à ceux que tu rencontreras. La Loi est éternelle et immuable, où que tu ailles et quelle que soit ta puissance. Il en est de même pour ceux qui t’accompagnent. Le sais-tu ? »

« Quelle loi ? « demanda le démon sans conscience qui faisait face à Aldebaran. «  Et où se trouve ce Créateur Tout-Puissant dont tu me parles ? Nul ne l’a jamais vu. Et toi-même, comment oses-tu me défier ? »

« Tu n’existes pas, Nabis Conqueror, »  répondit le Commandant « Tu n’auras plus jamais aucune forme physique d’étoile dans cette galaxie, ainsi en a-t-il été décidé par la Loi Divine. Tu dois trouver un autre monde, et tes compagnons aussi. Si vous décidez alors de faire le bien, vous ne serez plus reniés ni condamnés à errer dans la matière noire, cette sanction sera levée, mais si vous décidez de faire le mal, dans le seul but de survivre,votre existence sera éphémère. »

« Tu ne m’impressionnes pas, »  répondit la hideuse créature, « et si notre   dessein est de désobéir à la loi divine, qu’il en soit ainsi. Une survie de substitution ne nous intéresse pas. Nous voulons mieux… Essaie de t’y opposer et on verra alors lequel de nous deux sera le plus éphémère.»

Aldebaran ne put s’empêcher à ce moment de ressentir un frisson de peur… Se pourrait-il vraiment qu’il existe dans l’univers une force supérieure à celle du Créateur Tout-Puissant ? Et pouvant lui désobéir ?

Nabis Conqueror disparut de la salle du Grand Conseil, avec la cohorte des 44 monstres qui le suivaient, car le pouvoir leur était toujours accordé de disparaître et d’apparaître, mais uniquement dans la matière noire. Et ils partirent en quête d’un nouveau monde. Leur recherche dura encore environ 2500 autres années terrestres, soit 250 années cosmiques.

Mais à ce moment précis, quelque part, très loin, à des années lumière, dans une autre galaxie, sur une petite planète éclairée par un petit soleil, naissait un enfant qui deviendrait leur ennemi : celui qui existe maintenant et qui m’a demandé d’écrire cette histoire.

Aldébaran, sous sa forme terrestre, attendait déjà Nabis Conqueror….

Chapitre 2 : Arrivée des Nabis sur Terre

Sur la planète Terre, située aux confins de la Voie Lactée, c’est le Moyen-Age. Les hommes ne possèdent aucune technologie hormis les armures de fer, les épées et les ponts-levis. Ils vivent dans de pauvres maisons de bois, de terre ou de torchis, les pierres étant surtout réservées à la construction des monastères et des châteaux-forts.Ils se déplacent à cheval, ou en chariots tirés par des bœufs ou des chevaux. Ils mangent avec leurs doigts ; et, si quelques riches seigneurs sont vêtus de soie et de velours, ils ne connaissent cependant pas l’hygiène et s’inondent de parfums afin de masquer les mauvaises odeurs. Les gens du peuple sont très pauvres, et beaucoup meurent de faim, tandis que dans les châteaux, les riches seigneurs féodaux et leurs suites se gavent jusqu’à être malades de trop de nourriture et de vin. Mais en l’an 1347 de notre ère, notre monde devient la proie d’un terrible fléau : la peste noire, ou peste bubonique, qui commence à cette époque à venir d’Asie Centrale pour envahir petit à petit toute l’Europe. La famine qui sévit dans de nombreuses régions facilite l’expansion de l’épidémie. Les hommes de cette époque n’ont pas les connaissances médicales qu’il faudrait pour pouvoir éradiquer le fléau. Ils craignent Dieu et Diable, et croient aux sorcières…Ne sachant rien, les hommes ignorants croient l’Apocalypse arrivée, et organisent des processions religieuses afin de chasser les démons. Ou bien ils persécutent les Gitans et les Juifs, et tuent les chats. Ils croient ces pauvres animaux « maléfiques », à cause de leurs yeux fluorescents dans l’obscurité, et croient les « étrangers » responsables, par leur sorcellerie et leur alliance avec le Diable, de la terrible maladie qui commence à décimer les hommes… Cependant aucune de ces pratiques n’apporte le moindre résultat, et personne n’est épargné : ni les riches, ni les pauvres. Les hommes paient leur ignorance, leur paresse, leur saleté et leur cruauté, car tels sont les défauts de la plupart d’entre eux à cette époque.

Mais une autre malédiction approche. Quelque chose que l’histoire n’a pas retenu, nul n’ayant jamais été capable d’expliquer une telle horreur. Sauf sous forme allégorique, ou artistique… Car ainsi, c’était plus supportable, on pouvait imaginer qu’il ne s’agissait que de contes ou de superstitions d’autrefois. D’étranges images, sous forme de vitraux, d’enluminures ou de peintures, auxquelles personne n’a accordé de véritable importance, parvinrent jusqu’à nous. Des représentations de la mort, un squelette encagoulé brandissant une faux, marchant sur des monceaux de cadavres. Pourtant le projet Nabis, d’anéantissement de l’humanité, par des puissances extra-terrestres, fut entrepris en cette époque funeste, mais se confondit avec la peste, et disparut avec elle. Les créatures qui en étaient à l’origine étaient si hideuses qu’elles semblèrent impossibles, autant à ceux qui les virent qu’à ceux à qui on les décrivit. Existant sous forme d’énergie dans la matière noire de l’univers, les Nabis ont exactement la même composition que ce dernier : ils ne sont composés que d’1% de matière visible, ce qui signifie qu’à leur échelle, ils sont si ténus que nul ne peut les voir….Sauf à la tombée de la nuit terrestre, lorsque le jour bascule dans la nuit. Ils ont utilisé, grâce à leurs connaissances, les couloirs cosmiques de l’univers pour parvenir jusqu’à notre Voie Lactée, en évitant les amas de particules d’antimatière car la moindre collision avec cette dernière les renverrait au néant. Ils sont parvenus jusqu’à la Terre, et sont restés à 400km au dessus de notre planète, afin d’éviter son bouclier magnétique et de l’observer ainsi que ses habitants. Il y a en effet, autour de l’équateur Terrestre, une forte concentration de ces particules d’antimatière..Et les Nabis guettent le moment où ils pourront passer, probablement par un des pôles terrestres, où ces particules sont moins denses. Leur projet est bien arrêté : absorber toute la puissance vitale des habitants de la Terre afin de restaurer leur propres forces, puis ensuite, voler la puissance de leur soleil…Dans ce but, les Nabis qui peuvent prendre n’importe quelle apparence, ont choisi d’apparaître aux humains sous forme d’affreux squelettes, enveloppés d’une longue cagoule à capuche et armés d’une énorme faux au bout d’un très long manche : ils ont compris que les humains ont très peur de ce qu’ils appellent la mort, et que c’est là un aspect qui les terrorisera…Cependant, et c’est là un effet de la punition divine, mais les Nabis n’ont pas encore compris cette leçon : ils n’ont pas, malgré leur puissance maléfique et leurs dons, la capacité d’acquérir de nouveaux langages. Ils n’ont retenu qu’une seule phrase terrestre : « Never mind… » car pour eux la vie telle que nous la connaissons n’a pas la moindre importance : eux-mêmes sont déjà morts, puisque dans la matière noire, qui est le séjour des morts et des spectres de toutes sortes… de toutes les âmes errantes et malfaisantes qui cherchent à se réincarner ou à se rematérialiser pour survivre, afin de continuer l’œuvre de destruction qui était la leur auparavant. Il n’y a en effet rien de pire dans le Cosmos, dans l’infini, que les rayons gigantesques d’un soleil maléfique comme le fut l’étoile Nabis. Cette œuvre de destruction qui perdra définitivement les Nabis, mais ils ne le savent pas encore et pensent qu’ils vont parvenir à leurs fins.

Nous sommes maintenant parvenus en l’an 1348 de l’ère Terrestre. Trente ans auparavant, en 1318, est né dans un petit village de France un enfant pas comme les autres. Son père, bûcheron, et sa mère, dentellière, bien qu’étant d’humbles paysans, sont des gens de bien, qui lui lèguent droiture et courage. Il existe peu d’écoles à cette époque, et peu de paysans se soucient d’y envoyer leurs enfants, mais Jean lui, s’y rendra et apprendra à lire, écrire et compter. En ce temps là en effet, ce sont surtout les religieux et religieuses vivant dans les monastères qui dispensent un enseignement. Les paysans qui veulent voir leurs enfants instruits les y envoient donc, et en échange de l’enseignement et de la sécurité, les enfants doivent effectuer quelques travaux à l’intérieur du monastère. Certains choisissent aussi quelquefois de devenir religieux à leur tour et de rester au sein du monastère, tandis que d’autres retournent dans leur village où ils deviennent commerçants, car ils ont appris à compter et se servent de leurs connaissances. Aldebaran est de ceux là. Sa mère sait lire, et écrire, car elle aussi fut envoyée enfant dans un monastère où elle apprit aussi à coudre et crocheter de la dentelle avec les religieuses. Lors de sa prochaine incarnation, elle saura également interpréter les lignes des mains, à cause de ce qui se passa alors : un jour, alors que son enfant a dix ans, une gitane de passage dans le village prédit, en regardant la main de l’enfant, « qu’il ne vivra pas vieux, mais qu’il délivrera le monde de la malédiction et de la mort. » Sa mère décida alors d’étudier en secret et de connaître cette étrange science permettant de voir l’avenir… Les parents sont attristés et effrayés des paroles de la Bohémienne, mais l’enfant grandit, en force et en santé ; il apprend le métier de forgeron, garde près de lui ses parents dont il prend soin, et la terrible prédiction est peu à peu oubliée. Il atteint ainsi l’âge de trente ans. Aldebaran a pris forme humaine, et commencé la seconde partie de sa mission comme il fut ordonné il y a des siècles par le Grand Commandeur. Et à ce moment, l’horreur vient de s’abattre sur la Terre…..

La peste noire, qui s’est déclarée un an auparavant en 1347 en Europe, vient d’atteindre Venise, après avoir ravagé Messine, Gênes et Marseille. Elle se répand comme une vague et atteint toute l’Europe Méridionale, de la Grèce au sud de l’Angleterre. La France et l’Italie sont touchées et perdent la moitié de leurs habitants. Les Nabis ont réussi à parvenir sur la Terre, et ont commencé leur œuvre de destruction. Ils ont découvert que sur cette planète, la seule solution pour eux était d’absorber du sang, afin de régénérer le peu de matière dont ils étaient composés ; et ils se sont jetés sur toutes les créatures qu’ils voyaient. Au début, des animaux, tels que vaches, moutons, chevaux. Mais par la suite, ils s’aperçurent que le sang humain était plus approprié et agissait plus vite. Ils n’avaient cependant pas pensé à la peste, se croyant invulnérables et capables de se guérir… Les 45 monstres décidèrent donc d’une part, d’absorber tout le sang humain dont ils avaient besoin.Mais ils ignoraient que les ravages de la peste ne duraient que six à neuf mois terrestres et qu’il ne leur restait que cet infime laps de temps , suffisant cependant pour qu’eux-mêmes soient frappés par le fléau. A partir de l’instant, pensaient-ils, où ils auraient retrouvé plus de puissance, ils pourraient de nouveau se matérialiser sous forme d’étoile gigantesque, après s’être vengés d’Aldébaran…

Les Nabis, connaissant la loi du Cosmos, savent en effet que s’ils ne parviennent pas à leurs fins très vite sur cette nouvelle planète, ils seront renvoyés au néant où ils seront condamnés cette fois ci à errer pendant des siècles et des siècles afin de racheter leurs fautes. Et cela, ils ne le veulent à aucun prix, ne voulant que survivre même au détriment de toute autre vie…Les monstres n’ont pas compris qu’en cela, ils imitent les hommes et se retrouvent prisonniers de la matière, celle de la Terre, et non pas le feu tout puissant de leur ancienne étoile.

Ils se sont dirigés vers cette planète tellurique et instable car, comme l’avait dit Alda à son fils, la Terre était le lieu de rencontre autant des hommes imparfaits que des entités mauvaises devant subir des épreuves afin d’évoluer…

Il y a déjà eu tant de morts à cette époque là-vingt-cinq millions dans l’ensemble de l’Europe, sans compter les victimes de l’Asie dont on ignore le nombre- que certains hommes pensent que leur civilisation va disparaître. Seuls quelques élus, choisis par la Providence, vont rester en vie afin de perpétrer la création. Ils décident donc de laisser un témoignage de leur époque, mais, ayant peu de temps, ils choisissent de dessiner des symboles qui la représenteront le mieux possible. Des artistes commencent donc à dessiner, d’abord en Italie car ce pays a déjà perdu la moitié de ses habitants, et on ne sait combien vont survivre ; puis en France,chacun représentant ce qu’il connaît le mieux. L’un dessine le Diable, l’autre le Pape…Un autre encore représente un Cavalier, menant un char et des chevaux, tandis qu’un autre fait le portrait du Roi.. Apparaissent aussi le Bateleur, l’Hermite, la Lune, le Soleil, l’Etoile, le Monde…Peu à peu, les hommes réalisent ainsi 22 dessins qui représenteront les cycles de la Destinée Humaine. Ils ont compris qu’il existe deux mondes : le monde visible, qu’ils représentent par un chiffre simple, et le monde invisible, qu’ils représentent par un nombre à deux chiffres, là où ils repartiront après leur mort. Ils s’arrangent pour mettre en lieu sûr, dans des coffres, les dessins qu’ils ont réalisés, et les portent dans les monastères où ils seront cachés, à l’abri du feu, de l’eau et de toute destruction. Ces étranges dessins du Moyen-âge dormirent donc à l’abri de forteresses de pierres pendant plus de trois siècles, après la fin de l’épidémie de peste. Puis, au XVIIe siècle, vers 1650 environ, un homme, un inconnu désigné dans l’Invisible et nommé Jean Noblet, les rassembla. Entretemps, les hommes en avaient fait un outil de divination, qu’ils appelèrent « Tarot de Marseille », et avaient attribué un nombre à chacune de ces étranges représentations, qu’ils nommèrent « arcanes », car chacune d’entre elles avait plusieurs significations. Le nombre simple représentant la vie physique, matérielle, et le nombre composé la vie invisible, les influences occultes qui façonnaient la destinée humaine.

Les entités errantes dans le Cosmos, et flottant au dessus de la Terre afin d’influer sur le destin des hommes, manifestèrent ainsi leur présence dans l’invisible, mais peu le comprirent, et c’est ainsi que peu furent capables de maîtriser leur destinée.

C’est ainsi que l’un des symboles les plus inquiĂ©tants, dessinĂ© par Jean de Venette, alias Aldebaran, peu avant sa mort, et juste après sa rencontre avec le chef des Nabis, parvint jusqu’à nous avec l’appellation « l’Arcane sans Nom », ou la mort, et le numĂ©ro treize reprĂ©sentant en Europe la FatalitĂ© et la Mort…

Chapitre 3 : Jean de Venette

Cependant en France, dans son petit village, Jean de Venette, le robuste forgeron et maréchal-ferrant, maintenant âgé de trente ans, comprend que toutes ces morts ne sont pas causées seulement par l’épidémie de peste. Très intelligent, ayant, grâce à ses parents, appris à observer, il note que « les gens ne sont malades que deux ou trois jours, puis ils meurent, alors que leurs corps sont presque sains. D’autres sont tout à fait sains, mais leur apparence est très étrange : ils semblent avoir été vidés de leur sang. Exactement comme les nombreux cadavres d’animaux que l’on voit partout dans les campagnes…Et tous ces morts portent une expression d’épouvante sur le visage. Jean de Venette en voit aussi beaucoup qui portent une affreuse plaie, au flanc ou à la tête, « comme causée par la lame d’une hache.. »Jean de Venette fait exception pour son époque : d’abord, il cuit et rôtit sa viande, et s’il n’était un solide forgeron, dont on craint la force et les poings, on se moquerait de cette habitude, car les paysans d’alors mangeaient leur viande pratiquement crue, ou encore faisandée et passée à peine au feu. Il brûle ses trognons de choux, et tous ses déchets, qu’il réduit en cendres, au lieu de laisser les mouches, les vers et les rats s’en régaler. Enfin, il peigne ses cheveux, taille sa barbe et se baigne souvent dans la rivière. On se méfie de Jean de Venette, qui ne ressemble guère aux gens de son époque : il est grand, au moins un mètre quatre-vingt, alors que la plupart des hommes mesurent tout juste un mètre soixante et souvent moins ; ses dents ne sont pas gâtées, il ne répand aucune odeur et la vermine ne grouille pas dans sa chevelure. Comment fait-il, a-t-il fait alliance avec le diable, pour être aussi solide ? D’où vient-il, et pourquoi est-il si différent des autres humains ?Jean sait aussi jouer du hautbois, et il s’est fabriqué un double-flageol, ou double flûte, dont il tire des sons étranges et mélodieux que les autres paysans écoutent bouche-bée. D’où tire-t-il autant de talents ? On le jalouse, car il sait même jouer de la harpe, sans avoir jamais appris, et pour cela le roi, Charles IV le Bel, l’a déjà fait mander à la Cour afin qu’il divertisse les seigneurs et les gentes dames. On le jalouse, et certains pensent même qu’il a fait un pacte avec le Diable, en échange d’autant d’habileté, Mais on n’ose l’attaquer, même à plusieurs, car il est doué d’une force terrible. Jean de Venette qui n’est autre que l’incarnation terrestre d’Aldebaran sait qu’il est chargé par le Créateur d’agir sous cette forme à ce moment là afin de combattre les forces des ténèbres. Il sait aussi qu’il ne dispose plus d’aucun de ses pouvoirs sur cette planète et qu’il devra se défendre sans eux. Le chef des Nabis a compris que Jean de Venette représente un danger pour lui et ses comparses, car il les verra tôt ou tard ; mais surtout, le pire, qu’il n’a pas peur d’eux. Jean de Venette a entendu les moribonds de la peste, mais aussi les autres, ceux qui meurent pour rien, dire » C’est la Faucheuse…j’ai vu la Mort, la Faucheuse, c’est elle qui m’a tué, avec sa hache, elle est parmi nous… » et il a compris que tous ces malheureux ont vu quelque chose, une ou plusieurs créatures si épouvantables qu’ils en sont morts. En effet, la peur est ce qui permet aux Nabis d’atteindre les hommes : ces derniers, en voyant les Nabis, s’imaginent que ces horribles squelettes vont les tuer d’un coup de hache, et c’est ce qui se passe : la peur est pour les monstres un « couloir cosmique » qui leur permet de frapper avec leur hache immatérielle. Les hommes se créent en réalité eux-mêmes leur plaie. Il ne reste plus aux Nabis qu’à absorber leur sang…

Mais il ne reste que très peu de temps aux Nabis. Plus leurs corps se régénèrent, et plus ils sont eux-mêmes atteints de la peste, car au bout d’une année terrestre ils n’ont toujours pas compris que le sang empoisonné qu’ils absorbent les tuera eux-mêmes.. Malgré toutes leurs connaissances, issues de leur monstrueuse étoile qui n’existe plus, ils sont sur un autre monde, où ni la matière ni l’atmosphère ne sont les mêmes que celles qui existent dans la galaxie d’Andromède d’où ils sont issus. Et sur ce monde, leurs pouvoirs ne sont plus les mêmes….

Les Nabis ont un autre handicap : ils ne savent pas qui ils sont. Ils sont 45, mais aucun n’a de nom, car ils ne sont que la conscience collective de l’étoile morte Nabis. Ils s’identifient à leur chef, et leur chef s’identifie à eux… Ils n’éprouvent guère de sentiments, ayant choisi de désobéir à la loi divine ; ils ont un chef, mais celui-ci est également prisonnier de la conscience collective du groupe. Il leur suffirait cependant de décider d’obéir, et de renoncer à détruire d’autres vies uniquement pour leur propre survie, pour obtenir chacun sa propre conscience. Mais ils ne peuvent renoncer à leur entreprise, croyant qu’ils approchent de leur but ultime : leur survie à tout prix.

Pendant ce temps là, sur Terre, Jean de Venette va de village en village, afin de tenter de recruter une armée d’hommes courageux pour combattre les monstres issus de l’étoile Nabis.

« Mes amis », dit-il à chaque fois aux habitants rassemblés, « venez avec moi, prenez vos fourches, vos haches, vos piques, vos épées, toutes les armes que vous pouvez, nous devons tuer ces monstres qui cherchent à nous détruire. »

Mais partout les hommes sont épouvantés, et affaiblis, ils lui répondent : » nous mourons déjà de la peste, beaucoup d’entre nous ont disparu, comment veux-tu que nous puissions en plus combattre ces monstres venu de l’enfer ? »

«  Pour la peste, » leur répond Jean de Venette, « nous pouvons la combattre, je vous ai montré comment : il faut brûler vos ordures, vous laver dans la rivière, tuer les rats qui courent dans le village. Il ne faut pas persécuter les Gitans ni les Juifs, ni tuer les chats, mais les rats, ce sont eux qui rongent vos provisions et vous apportent la peste. Il faut laisser les chats les tuer.. Et pour les monstres, qui profitent de notre faiblesse, si nous sommes assez nombreux nous pouvons les repousser. Qu’ils retournent en enfer, ou dans le néant… »

Mais la plupart des villageois ont trop peur et refusent de le suivre, à l’exception d’une poignée d’hommes parmi les plus courageux. Juste une demi-douzaine d’hommes…

Les Nabis sont presque complètement régénérés, et presque solides, mais sont déjà atteints de la peste, lorsque Jean de Venette les voit et décide, avec les six hommes courageux qui ont accepté de combattre à ses côtés, de les attaquer afin de délivrer l’humanité de ces monstres. Il y a déjà eu 25 millions de morts, en à peine deux années, et ces sept hommes- les seuls qui soient capables de supporter la vue des Nabis- ont compris que ces monstres s’apprêtent à tuer encore et qu’il y aura encore des millions de morts, car les Nabis sont plus rapides que la peste. Mais ni les hommes ni les Nabis ne savent que cette période noire ne va plus durer longtemps. Le Créateur en a décidé ainsi…L’influence du Nombre 9, ou fin de cycle, plane déjà au dessus de la Terre.

Chapitre 4 : Le dernier combat et la fin des Nabis

Le combat entre l’armée des 45 Nabis et les six hommes menés par Jean de Venette a finalement lieu, un soir de Septembre 1348, à proximité d’un petit village de France, où viennent de se dérouler 649 enterrements. Il y avait au départ 1500 habitants…Sur les 649 morts, 500 portaient la marque des Nabis, avec le coup de hache, tandis que 149 seulement étaient morts de la peste. Ce soir là, au crépuscule, Jean de Venette, saisi d’une intuition, s’éloigne du village, jusqu’à parvenir à des grottes se trouvant alentour. Il pénètre dans l’une d’elles, en s’éclairant d’un torche, et se trouve enfin face au chef de l’armée des Nabis, une horrible créature de plus de deux mètres , dont le crâne au rictus ricanant a tant épouvanté les hommes. Mais Jean de Venette ne cède pas à la peur et met au défi le monstre qui accepte le combat, en lui disant :  «  Tu vas mourir …je te tuerai moi-même. » L’affrontement est imminent, mais Jean de Venette, alias Aldebaran sous sa forme terrestre, sentant sa fin proche, s’enfuit alors vers le village et dessine le portrait du chef des Nabis. Ce dernier croit être vainqueur, à cause de la terreur qu’il a inspirée à son adversaire, et ricane… mais pendant ce temps, Aldébaran confie le portrait qu’il vient de dessiner à un de ses compagnons qui le mettra en lieu sûr. Ainsi le monde futur comprendra et verra à quoi ressemblaient les monstres qui voulurent détruire l’humanité…

De retour à la grotte, Jean affronte le Chef des Nabis, et lui dit :

«  Sors, Nabis Conqueror, viens à l’extérieur, et accomplis ce pour quoi tu m’as défié. Mais n’oublie pas que, si je meurs, ce sera aussi ta fin, et celle de tes compagnons. »

Le monstre sort de la grotte, furieux de réentendre la voix de celui dont il croyait s’être débarrassé, et reconnaît alors celui qu’il avait défié 539 années cosmiques auparavant…

« Aldébaran ! » s’exclame t-il. « Ainsi, tu m’as suivi jusqu’ici ! Tant mieux, je me débarrasserai de toi plus vite ! »

« Mais tu es déjà mort, Nabis Conqueror, » répondit Aldébaran. Te souviens-tu ? Je t’avais dit : « Tu mourras de la même façon que les êtres que tu chercheras à détruire. Tu t’es réincarné, mais avec la peste, la maladie qui les a détruits, et il ne t’a pas été donné de pouvoir guérir, car tu n’es venu que pour leur apporter la mort. »

Nabis Conqueror, avec un terrible rugissement, se précipite sur son adversaire…

Jean de Venette, ainsi que ses six courageux compagnons, meurent, au cours du combat contre les Nabis, ces derniers Ă©tant maintenant complètement composĂ©s de matière visible, ressemblant au feu terrifiant de leur ancienne Ă©toile, de mĂŞme que leurs horribles faux. Le chef dĂ©fie Jean de Venette qui se bat jusqu’au bout, mais ne peut, malgrĂ© toute sa force et son courage, supprimer son adversaire qui lui tranche la tĂŞte d’un coup de sa faux.. Cependant, Ă  la dernière seconde, avant que la faux s’abatte sur lui, Jean de Venette aperçoit quelque chose ressemblant Ă  une larme coulant le long de l’affreux visage du chef des Nabis. Il comprend en un Ă©clair que le monstre a enfin rĂ©alisĂ© qui il est et les consĂ©quences de ses actes, mais qu’il est trop tard pour obtenir la clĂ©mence divine. Le châtiment frappe : les Nabis disparaissent tous de la mĂŞme façon que les hommes, en succombant Ă  la mort noire, dans d’affreuses souffrances, quelques jours après Jean de Venette et ses compagnons. La peste disparaĂ®t peu après de la surface de la Terre… Ils meurent en disant « Never mind..», c’est-Ă -dire « aucune importance » car pour eux, ne comptent ni la vie ni la mort…Ce sont des monstres, mais l’humanitĂ© en est dĂ©livrĂ©e pour toujours, car ils sont condamnĂ©s Ă  errer dĂ©sormais pour l’éternitĂ© dans la matière noire.

Un temps indĂ©fini s’écoule alors, environ 7000 annĂ©es terrestres, c’est-Ă -dire 700 annĂ©es cosmiques…et durant ces âges les hommes Ă©voluent jusqu’à notre ère…AldĂ©baran n’est pas mort, car le corps de Jean de Venette n’était qu’une projection de lui-mĂŞme, qui remonta Ă  bord de son vaisseau spatial et regagna Orion après la bataille. La prĂ©diction du Grand Commandeur s’était accomplie, et Nabis Conqueror Ă©tait de nouveau condamnĂ© Ă  errer dans la matière noire avec ses compagnons…Ils errèrent ainsi durant sept siècles terrestres, misĂ©rables, redevenus immatĂ©riels, rejetĂ©s de tous et incapables de retrouver leur forme initiale, jusqu’à ce que le Grand Commandeur, voyant les remords de Nabis Conqueror, ne dĂ©cide de lui accorder le pardon et de confier une dernière mission sur la Terre au Commandant AldĂ©baran.

Au cours de ces âges, les hommes évoluèrent, et ils entrèrent dans le siècle des lumières, le 18e, durant lequel leurs connaissances humaines et artistiques explosèrent un peu partout en Europe. Il y eut plusieurs rois, puis une révolution, puis encore un Empire, puis la République…Ils parvinrent ainsi au 19e, puis au XXe, puis au XXIe siècle. La Terre était profondément changée grâce aux nouvelles technologies, mais cependant, il s’en fallait encore de beaucoup qu’ils atteignent les connaissances des Instructeurs de l’humanité.

Aldébaran et le Grand Commandeur sont de nouveau réunis dans la salle du Grand Conseil Intergalactique.

« Tu as mené à bien la plus grande partie de ta mission, Aldébaran, » dit le Grand Commandeur, tu as fait preuve , une fois de plus, d’un très grand courage, et d’une immense bravoure dans la tâche ardue qui t’avait été confiée. et je te félicite. Tu as suivi toutes mes instructions, et maintenant, te voici. Mais tu sais que ce n’est pas encore tout à fait terminé. Tu dois retourner sur Terre afin de réaliser la fin de ton travail. »

« Oui, Grand Commandeur, » répondit Aldébaran. Il se doutait de ce qui allait suivre, et se raidit lorsqu’il entendit le Chef Suprême dire : « Faites entrer Nabis Conqueror, et sa suite. »

Encadré par les gardes du Haut-Commandement Inter-galactique, Nabis Conqueror et les 45 Nabis pénètrent dans la salle du Grand Conseil.

Mais, si leur aspect est toujours le même, de hideux squelettes armés d’une faux, leur attitude est bien différente… Ils sont silencieux, disciplinés, attentifs. Ils saluent le Commandant Aldébaran avec respect mais, devant le Grand Commandeur, Nabis Conqueror s’agenouille…

« Relève toi, Nabis Conqueror, », lui dit le Grand Commandeur. «  Tu sais désormais quelle est la puissance de notre Créateur, et ce qu’il en coûte de désobéir à ses lois, même s’il ne nous est pas permis de le voir. »

« Oui, Grand Commandeur, » répond humblement le monstre.

« Tu sais désormais qui tu es, et à quoi tu ressembles, ainsi que tes compagnons, » lui dit encore sévèrement le Grand Commandeur. « Souhaitez vous rester ainsi pour l’éternité ? »

« Non, Grand Commandeur », répondent les 45 Nabis en même temps.

« Bien, » reprend le Grand Commandeur, « dans ce cas, vous savez aussi qu’il vous faut retourner sur la Planète Terre, afin de réparer le mal que vous y avez fait, et afin de seconder le Commandant Aldébaran ici présent pour la dernière partie de sa mission. Il vous sera ensuite permis de vous réincarner sous une autre forme, de ne plus ressembler à des monstres, ou de redevenir une étoile mais cette fois aux rayons bénéfiques, ou de vous établir sur une planète que vous aurez choisie afin d’y faire le bien. Le temps est venu et l’époque actuelle sur cette planète me semble adéquate. Etes vous prêts à vous y rendre ? »

Nabis Conqueror et ses compagnons répondent par l’affirmative, et quittent la salle du Grand Conseil à la suite d’Aldébaran, après avoir de nouveau salué le Grand Commandeur en s’agenouillant.

Chapitre 5 : la vie éternelle ou le retour du héros

A cet instant, sur Terre, les hommes sont arrivés en l’an 2011 après Jésus-Christ, au 21e siècle de leur ère. Plus rien n’existe de l’époque de Jean de Venette, la peste a été éradiquée dans la plupart des pays du monde. Il n’en existe plus que des textes qui relatent cette horrible époque, dans les livres d’histoire, ou sur les écrans d’ordinateurs…il reste aussi des jeux de cartes, ornés d’étranges dessins que plus personne ne comprend vraiment , mais que les voyants et astrologues utilisent pour prédire l’avenir…

Pourtant un homme, âgé de 33 années terrestres, se souvient de l’histoire des Nabis, même s’il ne sait vraiment d’où et de quand ces souvenirs lui viennent. Il sait qu’il a une sorte de mission à accomplir, car son « souvenir » le plus poignant est celui de la larme coulant le long du visage du chef des Nabis. Quelque part dans l’invisible, quelqu’un, « quelque chose, », lui a dit de rendre hommage, d’une certaine manière, au monstre qui s’est rendu coupable de tant de morts, puisqu’il a éprouvé du remords avant de disparaître…Donc il faut que quelqu’un reconnaisse ce remords, pour qu’un jour, quelque part au cours de l’éternité, le Maître Suprême autorise le retour de cette créature et lui donne une autre chance.

Il faut aussi que Jean de Venette puisse revenir, afin d’être récompensé de son courage, et cette fois ci, de pouvoir vivre plus longtemps que trente années terrestres au lieu de mourir prématurément au combat. En l’an 2011 de l’ère terrestre, le héros a autre chose à accomplir, mais quelle est sa mission ?

L’homme de 33 ans, l’humain qui a toujours su qu’il venait d’ailleurs, d’un autre monde, mais sans parvenir à vraiment s’en souvenir, soupire, et se remet au travail. Il y maintenant deux années terrestres qu’il travaille, qu’il compose sans relâche une musique fantastique, étrange, qui semble lui parvenir d’un autre univers, d’une étoile inconnue peut-être…. Il « voit », dans son imagination, d’autres planètes, d’autres soleils, d’autres galaxies. Il lui semble avoir existé, sous une autre forme, il y a des milliers d’années. Il intitule sa musique « The Nabis Project », car ce titre lui vient tout naturellement, ainsi que l’histoire qui l’accompagne. Une expression étrange, « never mind », prononcée par une sorte de voix monstrueuse, résonne constamment dans sa tête.

L’homme travaille seul, avec son ordinateur. Il n’a besoin de personne : il porte cette musique en lui, depuis toujours semble-t-il… Il ne sait d’où lui viennent ses dons, car il sait aussi dessiner à la perfection. Il sait observer, reproduire ce qu’il voit, construire des objets avec ses mains, comme s’il était né avec ces talents… C’est la dernière projection d’Aldébaran, qui vint au Moyen âge sous le nom de Jean de Venette, et qui est maintenant revenu à notre époque, car il a une autre mission à accomplir…Il doit terminer ce qu’il a commencé il y a des millénaires , dans le cosmos, et des siècles, sur Terre, à l’époque de la peste. Pour cela, il s’est réincarné très loin, sur une petite île, en un lieu ou n’existe aucun souvenir de cette période noire.

L’homme se prénomme Adam dans cette vie terrestre. Ses parents sont modestes, mais tous deux doués aussi de nombreux talents créateurs, qu’ils lui ont légués. J’ai regardé ses lignes des mains, et je sais que la malédiction du Moyen âge n’existe plus en cette incarnation, car Adam a une œuvre gigantesque à accomplir et dispose cette fois de beaucoup de temps, car ce n’est pas une œuvre de mort mais de vie.

Adam aura 33 ans dans deux mois terrestres, et il sait qu’il lui faut avoir terminé de composer la musique illustrant l’épopée des Nabis avant cette date. Maintenant, il se souvient de tout, car il est arrivé au bout de son travail. Mais sa mission est également de faire connaître cette histoire au monde, car ensuite, il retrouvera probablement le Chef des Nabis, sous une autre forme, cela aussi il le sait maintenant. Adam continue à travailler, seul, comme lors de son dernier combat en l’an 1348, mais cette fois ci il ne doit pas mourir. Il lui faut terminer cette mission, imaginer, composer, fabriquer l’image qui ornera son futur CD « The Nabis Project ». Mais quelle image ? Celle de ce squelette, avec son affreuse faux bien sûr, qu’il a déjà dessiné… Adam prend le tout premier CD qu’il a produit, seul, il y a déjà quelques années. C’était autre chose, un style de musique tout à fait différent…Sur l’emballage, son regard est reproduit, sombre, inquiétant, semblant faire face à un terrible défi. Adam avait eu cette idée, sans trop savoir pourquoi alors : utiliser son propre regard…

Il contemple l’image, puis se tourne vers le miroir de sa chambre : ses yeux…sont ceux de Jean de Venette/ Aldebaran. Il le comprend en un éclair. Maintenant, il sait qui il est…

« The Nabis Project », la musique, inspirée des sphères célestes, devait être terminée au cours de la trente troisième année terrestre d’Adam, comme décidé par le Grand Commandeur, au commencement des temps. Nous sommes arrivés en l’an 2011 de notre ère terrestre. Adam est âgé de bientôt trente trois années car il est né en l’an 1978 de notre ère. C’est pourquoi il m’a demandé d’écrire maintenant cette histoire, afin de vous la faire connaître. Je contemple les cartes très anciennes étalées devant moi, et qui représentent l’éternité : un cycle se termine, un autre commence, mais toujours les mêmes épreuves reviennent, qui donc est maintenant de nouveau en train d’envahir la Terre ? Il y a d’autres monstres dans l’invisible, qui utilisent d’autres armes, d’autres maladies que la peste du Moyen-âge…Ils peuvent provoquer des catastrophes en apparence « naturelles ». Mais la Terre ne sera pas détruite. Adam / Jean de Venette/ Aldebaran a accompli sa mission et permis, avec sa musique, à Nabis Conqueror de revenir sur Terre, mais cette fois ci pour l’aider à combattre et à triompher d’autres démons venus pour asservir et détruire notre monde. Ainsi en a décidé le Grand Commandeur, obéissant ainsi à la loi Divine et à son Créateur…

La Terre est sauvée, et va bientôt entrer dans une nouvelle ère de prospérité.

Les hommes vont bientĂ´t voir la fin des catastrophes, des maladies et de la tristesse

J’espère qu’il me sera donné de nouveau, au moment venu, dans quelques siècles, de vous l’écrire. Je suis Alda, venue sur Terre en l’an de grâce 2011 pour vous raconter cette histoire, comme Adam me l’avait demandé il y a des milliers d’années.

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